« Les conditions ne sont pas remplies pour que la France accepte l’utilisation de Libra »

Facebook a lancé en juin dernier Libra, sa cryptomonnaie qui devrait à terme permettre à ses deux milliards d’utilisateurs d’acheter des biens ou d’envoyer de l’argent aussi facilement qu’un message instantané. Libra doit introduire un nouveau moyen de paiement en dehors des circuits bancaires traditionnels et a pour ambition de devenir la pierre angulaire d’un tout nouvel écosystème financier sans la barrière des différentes devises. Cette initiative de Facebook a attiré l’attention des décideurs au niveau mondial, en particulier des banquiers et politiciens, et plusieurs analystes se sont penchés sur le sujet.

Depuis la présentation de Libra, les avis n’ont pas été tout à fait positifs pour Mark Zuckerberg et les siens. Du côté de la méditerranée, les avis ne se sont pas encore fait entendre, ou du moins jusqu’à ce matin. Aujourd’hui, en France, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire a conclu que toutes les conditions nécessaires n’étaient pas remplies pour que Libra soit acceptée comme monnaie dans le pays. Selon le ministre français de l’Économie, le projet Facebook sur la pièce de monnaie numérique Libra ne peut pas être exécuté tel qu’il a été présenté jusqu’ici. « Aujourd’hui, les conditions ne sont pas réunies pour que cette monnaie proposée par Facebook aille de l’avant », a déclaré Le Maire peu avant le début d’une réunion avec ses homologues du G7 à Chantilly, au nord de Paris.

Selon Reuters, Bruno Le Maire a également déclaré que la réunion du G7 serait décisive pour se mettre d’accord sur la manière de taxer les grandes entreprises de technologie en donnant le ton à des négociations plus larges entre les 129 pays de l’OCDE, qui devraient se conclure l’année prochaine.

Il y a une semaine de cela, Jerome Powell, le président de la Réserve Fédérale des États-Unis (FED), a déclaré que Libra soulève d’importantes questions qui doivent être résolues en priorité. « Libra soulève de nombreuses et sérieuses préoccupations en ce qui concerne la protection de la vie privée, le blanchiment d’argent, la protection des consommateurs et la stabilité financière. Ces inquiétudes doivent être traitées en profondeur et publiquement avant d’aller de l’avant », avait-il précisé.

La FED redoute en effet que le potentiel d’adoption très large de la cryptomonnaie de Facebook, un réseau social qui compte plus de deux milliards d’utilisateurs, puisse à l’avenir constituer une menace pour le système financier en général et le dollar en particulier. Les régulateurs financiers américains semblent surtout craindre que Facebook parvienne à « établir un système parallèle de politique bancaire et monétaire pour rivaliser avec le dollar » par le biais de Libra. Le président de la FED a indiqué qu’il faudra impérativement faire preuve de « patience et prudence » lors de l’examen réglementaire de ce projet, reconnaissant que les règles existantes ne convenaient pas aux monnaies numériques.

Bien avant que la FED ne soulève ces questions de conformité liées à la fois au respect de la vie privée et au système financier existant, un expert en blockchain avait déclaré qu’il était convaincu que Libra n’est rien d’autre qu’une cryptomonnaie centralisée destinée aux riches. Selon lui, Facebook aurait donc menti sur son initiative. Sur Twitter, des experts ont décrit Libra comme étant un projet présenté de manière trompeuse. Comme à son habitude, Donald Trump également n’a pas manqué de participer aux débats. Il y a quelques jours, le président américain Donald Trump s’en est pris aux cryptomonnaies, en particulier à Libra de Facebook, en demandant à ce qu’elles soient soumises à la réglementation bancaire.

Afin de bien mener le projet Libra, Facebook a mobilisé le soutien financier d’environ 28 sociétés des secteurs de la finance, du commerce électronique, des technologies et des télécommunications autour du consortium, appelé Libra Association. Parmi ses membres, nous pouvons citer : les géants des cartes de crédit Visa Inc. et Mastercard Inc., la société de paiement numérique PayPal Holdings Inc. et Uber Technologies Inc. Aucune banque ne fait actuellement partie du groupe. Selon un rapport, l’argent collecté par les membres du consortium aidera à financer le lancement de la monnaie. Cet état de choses ne semble pas être du goût de Donald Trump, ce qu’il a fait savoir le jeudi passé.

Trump a exprimé son mécontentement envers l’initiative de Facebook et d’autres cryptomonnaies en demandant aux entreprises de rechercher une charte bancaire et de se soumettre à la réglementation américaine et mondiale si elles souhaitaient « devenir une banque ». « Si Facebook et d’autres entreprises veulent devenir une banque, elles doivent rechercher une nouvelle charte bancaire et être soumises à toutes les réglementations bancaires, à l’instar des autres banques, nationales et internationales. Je ne suis pas un fan du Bitcoin et d’autres cryptomonnaies, qui ne sont pas de l’argent, et dont la valeur est très volatile et basée sur de l’air », a écrit Trump sur Twitter.

Source : Reuters

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